L’excision

C’est l’ablation, au moyen d’un instrument tranchant d’un fragment d’organe ou de tissu.
Mot utilisé le plus souvent pour désigner l’ablation du clitoris

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Le témoignage de Kanny au CHU de Nantes le 2 juin 2015 lors de la présentation par Marche en corps du film « L’excision ; à quand l’abandon »

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L’excision des petites filles en Guinée

J’avais 5 ans que ça s’est passé.

Ma mère a fait venir une femme de son village. Elle s’appelait « Nenan Gollo », elle était grosse, de teint noir.

Quand elle est arrivée, on était contente, on est venue l’accueillir. Tous les enfants sont sortis en courant et criaient « Nenan Gollo » est venue, on ne s’avait pas ce qui nous attendait.

Avant de passer à table, elle nous regardait avec un air moqueur « demain encore, on verra si vous allez rigoler ». On a bien dormi cette nuit-là, on ne comprenait rien.

Le lendemain matin, très tôt à l’aube on nous a réveillé- on était nombreuses, mes cousines, mes petites sœurs et les voisines, nous avions toutes dormi sur des nattes.

C’est ma mère qui m’a réveillé. On nous a douché, on nous a attaché des pagnes au dessus de la poitrine, on a enroulé un petit foulard sur notre tête. On nous a installé dans le salon les unes après les autres comme dans une file.

J’étais la deuxième, derrière ma petite sœur mais quand on l’a appelé, elle a fuit, du coup, j’ai été la première.

Derrière la maison, ils avaient créé un espace fermé avec des nattes.

Je me suis avancée, je pleurais, j’avais peur, ma mère me disait « je sais que tu vas y arriver, tu es courageuse, ça fait pas mal ».

Des que je suis entrée, elles ont enlevé le pagne. Elles m’ont demandé de monter sur la table, il y avait 4 femmes, je ne me souviens pas d’elles.

Je me suis allongée sur la table, j’étais terrifiée. Les 4 femmes m’ont tenu : 2 pour les mains et 2 pour les pieds. Ma mère était avec Nénan Gollo.

J’ai entendu ma mère dire « enlevez tout ». Je pleurais, je criais très fort en me débattant.

Et là, elle a coupé mais pas une fois. Dans mon  souvenir ce geste a duré un peu mais elle a tout enlevé. On m’a porté et déposé sur une natte dans la chambre et on m’a dit «  Arrêtes de pleurer ». Mes sœurs dansaient autour de moi pour fêter ce malheur qui est l’excision, moi ça m’énervait parce que j’avais mal.

Lorsqu’elle a terminé d’exciser toutes les petites filles, elles ont apporté à manger, des brochettes de foie et de la soupe de poulet. On était allongé, on ne faisait que pleurer parce qu’on avait mal.

Personne n’arrivait à manger.

J’avais envie de faire pipi mais j’avais très peur. Vers 18h00, on m’a aidé à me relever pour m’emmener aux toilettes. Dans la cour la douleur était telle que je me suis arrêtée et j’ai fait pipi debout. Je criais, je pleurais tellement c’était douloureux.

Apres petit à petit, je me suis remise. Moi j’ai guéri vite par rapport aux autres, les autres ont vraiment souffert.

Je me rappelle, 1 mois après, elles ont organisé une grande fête, on a eu beaucoup de cadeaux, on chantait on dansait. Apres la fête les autres fillettes sont rentrées chez elles.

Dans ma vie l’excision est un épisode assez court mais avec lequel je vis tous les jours je ne peux pas l’oublier je la vis dans mon corps.

Par la suite il m’est arrivé de croiser Nénan Gollo mais je l’ai pas salué, cette femme je la hais. Ma mère je ne lui ai jamais pardonné dans mon cœur.

Aujourd’hui je vous ai raconté mon histoire mais cette histoire est celle de toutes les femmes guinéennes pas seulement la mienne.

En Guinée les femmes sont soumises, battues, elles sont victimes de violences sexuelles et conjugales. On vit l’excision quand on est petite puis le mariage forcé.

Les femmes sont pauvres analphabètes.

Quand on donne une fille en mariage elle devient dépendante de son mari. Elle est donc obligée de se soumettre car elle est dépendante de lui et ne peut être autonome financièrement.

Les femmes souffrent et leur souffrance est banalisée en Guinée, elle ne choque personne.

Si je parle aujourd’hui c’est parce que je mène un combat pour moi, pour mes enfants et pour les femmes. Je lutte pour qu’elles prennent conscience qu’elles sont des personnes, qu’elles méritent le respect.

 Après ce témoignage, quelques précisions sur l’excision :

4 types d’excision :

  • Ablation du capuchon clitoridien
  • Ablation du capuchon, d’une partie du clitoris et des petites lèvres
  • Ablation du clitoris, des petites et des grandes lèvres avec suture finale ne laissant qu’un petit trou pour les urines et le sang menstruel. C’est l’infibulation
  • Toute autre forme de mutilation du clitoris (percement…)

L’excision touche environ 140 millions de femmes et de fillettes dans le monde, principalement en Afrique, à l’Est (corne de l’Afrique) et dans la zone subsaharienne.

Cette coutume se pratique depuis plusieurs milliers d’années. Il est difficile d’en connaître les origines exactes. On suppose qu’elle a commencé en Egypte, puis a gagné la corne de l’Afrique (Est) avant d’atteindre la zone subsaharienne et l’Afrique de l’Ouest.
On en trouve aussi sur d’autres continents, le plus souvent pratiqué par des migrants…
Beaucoup d’associations et de chercheurs ont fait des études approfondies et vous pouvez consulter leur site (voir page liens)

6 février 2015 : Une loi qui interdise l’excision ? voir l’article de RFI

http://www.rfi.fr/afrique/20150205-mali-nous-voulons-une-loi-interdise-excision/

De très nombreuses femmes dans le monde, anatomiquement intactes, souffrent aussi d’une « excision » psychologique et culturelle. (lire le secret des femmes d’Elisa Brune édité chez Odile Jacob en 2010)

Pour des informations complémentaires consultez la lettre de l’observatoire national des violences faites aux femmes – février 2015 

http://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/IMG/pdf/Lettre_ONVF_-_no5_-_fev_2015_-_Mutilations_sexuelles_feminines.pdf

Causes & Conséquences

Législation

Réparation

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Un commentaire pour L’excision

  1. BAKOUAN dit :

    je suis journaliste à Radio Manivelle /Dano c’est dans le Sud-ouest du Burkina Faso .J’ai été ému par l’excision de dix fillettes âgées de deux à dix ans dans un village . Je me suis promis de faire un grand reportage radio d’environ 45mn pour faire comprendre les méfaits de la pratique .C’est au cours de mes recherches que je suis tombé sur votre site . BRAVO.J’ai pu recueillir des témoignages émouvants de femmes réparées au CMA(Centre médical avec Antenne Chirurgical de Dano
    j’ai également le témoignage de femmes excisées mais qui refusent la réparation .Pour elles c’est comme désobéir à leur parents et rendre indignes même si elles reconnaissent qu’elles souffrent ddes effets de la mutilation

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